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Le 5 décembre 1984, la tension est extrême dans la vallée de la Hienghène. Tous les habitants de cette région isolée du nord de la Nouvelle-Calédonie vivent dans l'angoisse. Des rumeurs terrifiantes circulent. Blancs et métis sont convaincus que les Kanak s'apprêtent à la massacrer. Les Kanak, eux, s'attendent à voir surgir de derrière la montagne les milices anti-indépendantistes. Les gendarmes, isolés dans leur poste, craignent le pire.
Le pire aura lieu dans la nuit du 5. Un poignée de colons montent une embuscade sur la route de Tiendanite, le hameau où vit la tribu de Jean-Marie Tjibaou.
Les « Loyalistes », rendus fous par les jours d'angoisse, tirent à bout portant, poursuivant les blessés jusque dans la rivière, les achevant par des tirs de chevrotine en plein visage. On relèvera 28 impacts de balles sur le corps d'une des victimes. Quelques mois plus tard, le jury de la cour d'assise de Nouméa acquittera les assassins.
Comment une telle folie a-t-elle pu se produire sur une portion du territoire français ?
L'histoire de Hienghène n'est pas le combat des pauvres noirs contre les méchants blancs. C'est la pitoyable tragédie de deux communautés vivant côte-à-côte depuis un siècle qui, n'ayant jamais su ou voulu se comprendre, ont sombré lentement dans le désespoir, puis dans l'horreur.
Lionel Duroy a passé beaucoup de temps en compagnie des uns et des autres. Pour comprendre comment ces hommes ont pu en arriver à s'entretuer, il a dû remonter un siècle d'histoire. Jusqu'au temps où les lointains parents des meurtriers d'Hienghène foulèrent pour la première fois le sol calédonien. C'est l'aventure de ces pionniers, lâchés par la France en terre kanak, qu'il raconte dans ce livre.